La plage, mode d’emploi

date / Aout 2004
lieu / Audierne (29) et St Brévin l’océan (44)
Caractéristique / Intervention dans l’espace public à durée variable réalisée avec le comédien Philippe Languille
photos numériques tirage sur papier photo 10 x 15 cm en 5 x 31 exemplaires.
Partenaire / G.A.P.A.S. et la compagnie Udre-Olik


« La réalité de la vie quotidienne se maintient en étant incorporée dans ses routines. » (Peter Berger et Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck, 1996, p.204)

Dominique se promène sur la plage. Il est en maillot de bain, porte de temps en temps un t-shirt, un chapeau et des lunettes. Il porte aussi des chaussures de villes. Il est visiblement seul. Il vaque. Il déambule. Il regarde. Il me suit de loin, moi qui suis le démarcheur.

Moi, je suis habillé. Je vais voir les gens qui sont sur la plage. Je négocie leur collaboration au projet artistique. Je leur propose de prendre en photo un personnage qui va reproduire leur comportement immédiat. S'ils acceptent, je leur propose un angle de vu, des conseils techniques, tandis que le personnage se rapproche. En s’accompagnant d’un regard amical, d’une expression comique ou d’un signe de salutation engageant, Dominique se présente. Quelques échanges. Des sourires. Et puis le personnage prend la place de la personne, assez rapidement. La personne hésite. Je l’aide. Puis elle prend la photo. Surprise. C’est terminé. Je la remercie. Dominique se lève, salue l’assemblée. Il s’éloigne. Je pars aussi.

C’est la forme du corps qui retient l’attention de Dominique, et non son apparence physique et symbolique. Dominique se concentre sur le positionnement des corps, des regards, la direction des gestes, la forme des mouvements. C’est un regard chorégraphique dont il s’agit.

Le Dominique à la plage, c’est le Dominique de tout le monde, il représente un modèle d’objectivation sociale de la plage et de ses représentations. Elles vivent là comme une ritournelle dont chacun s’échappe, dans l’ordinaire et l’individualité. Mais c’est une ritournelle lancinante qui nous rassemble et qui nous ressemble, comme un rituel que tout le monde refuse, mais qui est là comme objet construit par tous sans qu’aucun puisse réellement s’y comparer.

La rupture est ce moment où la rencontre entre le projet artistique et la routine d’un individu ou d’un groupe social bascule dans un tourment. Rien d’offensif à cela, simple chahut comme ce phénomène de mise en miroir pour un regard porté sur soi.

La photo faite, le travail est exposé puis distribué quelques jours plus tard, sur une plage du Finistère en fin d’après-midi. L’exposition présente des photos décontextualisées de Dominique faisant ceci ou cela. Énumération d’actions routinières, l’ensemble fait alors écho à un récit, une fiction d’un personnage ordinaire et non charismatique.

Romain Louvel 2004
« The reality of the everyday life is maintained while being built-in in its routines. » (Peter Berger and Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck, 1996, p.204)

Dominique walks on the beach. He is wearing a bathing suit, from time to time he wears a tee-shirt, a cap and glasses. He’s also wearing shoes town. He is obviously alone. He is occupied. He saunters. He is contemplative. He follows me from afar, me who is the canvasser.

Me, I am dressed. I see people who are on the beach. I negotiate their collaboration with the artistic project. I propose to take their photograph a character who will reproduce their immediate behavior. If they accept, I propose some technical advice, while the character oncoming. While accompanied by a friendly glance, a comic expression or an engaging sign of greeting, Dominique presents himself. Discussion. Smiles. And then the character takes the place of the person, rather quickly. The person hesitates. I help him. Then he takes the photograph. Surprised. It is finished. I thank him. Dominique rises, greets the assembly. He moves away. I leave too.

It is the shape of the body which grabs Dominique’s attention, it is not his physical and symbolic appearance. Dominique concentrates on the bodies positioning, on the glances, the direction of the gestures, the form of the movements. It is a choreographic glance which is involved.

The Dominique on the beach, is the Dominique for everyone, he represents a model of social objectivation and its representation on the beach. They live there as a refrain from which every one escapes, in the ordinarily one and individually. But it is a throbbing refrain which gathers us and which resembles us, as a ritual that everyone refuses, but which exists as an object built by all the people without none of then being really comparable.

The rupture is this moment when the artistic project and the routine of an individual or a social group meet, rock in torment. No offensive, simple uproar like this phenomenon of setting up a mirror to have a glance at oneself.

The snatch is exposed then is distributed a few days later, on a Finistere beach at the end of the afternoon. The exposure presents decontextualized photographs of Dominique doing this or that. Enumeration of routine actions, the unit makes echo with an account then, a fiction of an ordinary and noncharismatic character.

Romain Louvel 2004